À propos de cet article
Un article de
Stéphane
Publié le : 20 octobre 2003
21 commentaires /BOUCLE_compterforums>
Pour des raisons diverses, on peut décider de ne pas toujours signer de son vrai nom. Et c’est là que les ennuis commencent.
Pourquoi un pseudonyme ?
Considérons ça comme un nom de plume.
Au début du siècle, les acteurs choisissaient souvent de ne pas faire figurer leur vrai nom au générique. Une réminiscence de l’opprobe traditionnelle que subissaient les baladins, j’imagine. Le monde de la bande dessinée a pendant assez longtemps obéi aux mêmes traditions, et nombreux sont encore les auteurs qui ont un pseudonyme court.
Une toute jeune tradition sur internet aussi fait qu’on a souvent utilisé des pseudonymes dans l’informatique. C’est sans doute une façon, dans certains cas, de commettre des méfaits légers ou graves en toute impunité1.
Pour ma part j’ai commencé par me connecter sur internet comme n’importe qui de "normal", signé de mon vrai nom (pas si dur à trouver, en cliquant de droite et de gauche sur le web). Et puis j’ai commencé à rencontrer des gens en ligne, dont la signature était... différente.
- certains criaient leur
PSEUDO - certains minimisaient leur
pseudo - certains jouaient avec la typographie de leur
pSeUdO, quitte à le rendre un peu illisible - certains ajoutaient des caratères exotiques à leur
*pseudo* - certains jouaient les hackers avec leur
ps3ud0,//pseudoou autres.ps{eu}do
Alors, en résumé, j’ai trouvé amusant de changer de nom. Sans compter que l’utilisation de l’IRC vous force par ses contraintes techniques2 à trouver un nom court, si possible pas utilisé, et tant qu’à faire reconnaissable. Enfin, je porte un nom d’une telle banalité qu’on pourrait aussi bien me prendre pour un rédacteur aux Inrockuptibles que pour un cousin de footballeur connu.
Choisir un pseudonyme était, pensais-je, une façon de se distinguer et donc, de faire d’une pierre deux coups : avoir une "identité en ligne" et faire le lien entre toutes mes pratiques (mail, web, IRC). Mais je ne devinais pas tout ce qui en découlerait.
Le choix d’une identité
Nous voilà maintenant confrontés à l’image que va véhiculer ce pseudonyme, avant même de changer quoi que ce soit de sa typographie (si tant est qu’on veuille la modifier)...
Tenez, par exemple : dans une vie antérieure j’animais un fanzine consacré à la bande dessinée, appelé Géranium3. En y repensant, j’ai tout naturellement opté pour le pseudonyme geranium quand je me suis mis à utiliser l’IRC.
Jusqu’au jour où j’ai trouvé le nom pris... par une demoiselle d’Europe de l’Est qui aimait les fleurs ! On est bien peu de choses, allez. Et puis, comme j’utilisais cette même signature sur l’IRC interne de mon entreprise, j’ai fini par croire que le côté "poil à gratter" de ce pseudonyme pourrait nuire à l’image de sérieux qu’on peut vouloir véhiculer dans son travail. On a beau être rescapé de startup, on n’en est pas moins homme.
Sur l’IRC j’ai donc résolu de me nommer notabene, parce que c’est un raccourci simple pour que les autres usagers sachent rapidement qui je suis, si je puis dire.4 Et sur le web, je n’allais quand même pas signer notabene sur nota-bene.org, j’aurais trouvé ça incongru, allez savoir pourquoi. Shauna Wright signait ses mails s h a u n a, j’ai eu envie de signer (après quelques essais infructueux du genre stef | nota-bene) d’un simple s t e f.
Par ailleurs, choisir un pseudonyme, c’est en même temps tenter de faire preuve d’inventivité, créer un nom qu’on a choisi et pas qu’on hérite du choix de ses parents5.
A ce propos, lire l’excellent article de Tiresias, Appelez-moi Georges, qui explique bien que choisir un pseudonyme n’est pas se cacher, mais se présenter différemment. En tout état de cause, les noms de plume ne dispensent pas l’auteur de pouvoir faire respecter son droit, ce qui prouve bien qu’un pseudonyme, quand il est utilisé de façon cohérente, devient d’une certaine façon incessible et inaliénable.
Leçons sans importance
J’ai appris à mes dépens que même un pseudonyme pose problème.
Tout d’abord il ne faut pas jouer avec la typographie, on s’en mord vite les doigts. Tenez, voici une petite liste relevée ces dernières semaines :
- Philippe dit Stef
- Pascale avait écrit Steph avant que je lui fasse remarquer que vu d’ici Steph c’est Steph alors que moi c’est s t e f, et ensuite elle a corrigé en S t e f (ce qui s’est encore compliqué quand Stephanie Booth a posté un commentaire sur le même article en signant Steph...6)
- Denis écrit stef, comme dans :
Et comment tu l’écris toi ? Il me semble que c’est stef... oh à moins que ce ne soit s t e f... :)
(je cite avec l’accord de Denis) - Douglas Bowman, abusé par la similitude Stéphane/Stéphanie et par des remarques de ses lecteurs, a fait une jolie bascule Stephane puis Stephanie puis à nouveau Stephane sur le même article en deux jours !
Donc si vous vouliez un pseudonyme tout en minuscules, ou avec des espacements "différents", oubliez-le7...
Et surtout, la grande leçon à tirer : toujours signer de la même manière. C’est notre cohérence à assumer tout le long de notre "vie en ligne" la même identité qui redonne à ce pseudonyme une "charge" permettant de juger la personne qui écrit.
Dernière conclusion : en fait, tout le monde s’en fout de ce que je viens de dire, non ? (tiens, et si je me faisais appeler geranium à nouveau, pour rire ?)
1. Une impunité toute relative, si l’on voulait croire que tout n’est pas traçable, ce qui se révèle de moins en moins vrai...
2. Sur les serveurs IRC, le pseudo est souvent limité à une petite dizaine de caractères.
3. Pour l’histoire, il a péniblement fait deux numéros de suite avant de retomber dans l’oubli d’où il n’aurait sans doute jamais dû sortir. C’était avant le web, de toute façon : même s’il avait été intéressant je n’avais ni le temps ni l’énergie nécessaire à le diffuser sérieusement.
4. Et sur l’IRC interne j’ai résolu de signer simplement de mon nom... Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple...
5. D’autant qu’on hérite aussi son nom des choix de la société dans laquelle on vit : au Japon on met le nom avant le prénom, en France c’est le contraire...
6. Au passage, Stephanie Booth s’est posé avec justesse la question de l’usage du vrai nom sur internet. Même si, je cite l’anonymat est permis (mais pas encouragé), c’est le pseudonymat qui dérange
, alors que c’est le contraire qui moi me dérange, chacun voit midi à sa porte...
7. Note technique pour la défense de mes petits camarades : ils peuvent très bien avoir imaginé que j’ai utilisé sur tout mon site une directive de style du genre letter-spacing:2em et ne pas vouloir s’en faire l’écho... ;-))




